Pizza, le divan du futur créé par des jeunes

Cet ingénieux sofa est commercialisé à Genève grâce à un partenariat entre Conforama, l’Institut Florimont et la D-Academy

Une pizza, on ne saurait mieux dire. Voilà exactement à quoi ressemble le canapé idéal lorsqu’on est adolescent: rond, convivial, divisible en parts sécables et colorié de teintes acidulées. Rouge pour la tomate, vert pour la roquette et les olives, rose pour le thon ou les crevettes, bleu pour… Disons que l’exercice s’arrête ici!

Car c’est bien d’un exercice qu’il s’agit au départ. Chargée de développer chez les jeunes l’esprit d’entreprise, la D-Academy (académie pour l’entrepreneuriat fondée par le Vaudois Patrick Delarive) a soumis son idée à différentes sociétés romandes: faire plancher les élèves âgés de 13 à 17 ans de trois écoles privées – l’Institut Florimont de Genève, le Rosey à Rolle et La Côte International School – sur un projet concret. Et leur permettre de le voir se réaliser, pour de vrai.

«La première entreprise à avoir répondu est Conforama. Son CEO nous a proposé de réfléchir avec les élèves au canapé du futur», résume Alexandre Demont, directeur de la D-Academy et responsable du programme Junior Entrepreneur. «En effet, cette initiative m’a immédiatement plu», confirme Bertrand Lefort, directeur général pour la Suisse du détaillant de meubles. «La formation entre dans la logique de notre activité. En outre, le projet m’a paru réalisable; nous faisons beaucoup de conception, ou de coconception avec nos fabricants, c’est simple pour nous.»

En vente à Meyrin

L’idée du divan s’est imposée d’elle-même. Bertrand Lefort: «Nous avons l’habitude de produire nos canapés en toutes petites séries, donc de limiter notre prise de risque. Nous les faisons ensuite refabriquer rapidement en fonction des commandes.»

Pizza, commercialisé chez Conforama-Meyrin depuis le 7 février au prix de 1000 francs, a été confectionné en 20 exemplaires dans un premier temps. Après trois semaines, 4 divans ont trouvé preneur. A terme, le détaillant espère en écouler entre 100 et 200. La durée de vie dans les rayons d’un modèle de ce genre, très typé, très fashion, est estimée à dix-huit mois. Si l’atout financier semble minime pour l’entreprise, l’impact sur la clientèle en termes d’image promet en revanche d’être percutant.

Car ce sofa rond, mine de rien, est emblématique d’une génération. La D-Academy, qui espérait une douzaine de participants, s’est retrouvée à l’Institut Florimont avec 78 aspirants designers (250 au total pour les trois écoles privées, et 40 projets). En marge des cours, sur un mois et demi à raison de cinq demi-journées, les élèves de 13 à 17 ans se sont groupés par quatre ou cinq et mis au travail. «Une tendance très nette se dégage des projets remis, constate Alexandre Demont. 80% des jeunes ont imaginé des canapés ronds. Nous y lisons un besoin de socialisation. Lorsque ces ados rentrent chez eux, ils se retrouvent chacun le nez dans sa tablette ou son smartphone.» Pizza leur permet de se vautrer à leur aise et de geeker avec le sentiment de ne pas être seuls dans leur coin.

Rupture du lien avec la TV

Une conclusion que tire aussi Bertrand Lefort. Qui va plus loin: «Dans une gamme populaire d’ameublement comme Conforama, le canapé est toujours conçu en relation avec la TV. Il est fait pour la regarder confortablement. Or nous savons aujourd’hui que les jeunes ne regardent plus la télévision. S’ils ont envie d’un sofa, c’est pour surfer sur d’autres supports électroniques, couchés, les pieds sur le divan.» La preuve? Elle se dissimule ingénieusement, sous la forme d’une prise électrique dans une des alvéoles de Pizza. Autre élément dans l’air du temps, le revêtement. «Aucun groupe n’a souhaité du cuir véritable, tendance au véganisme et respect de l’environnement obligent», relève Alexandre Demont.

Les groupes de jeunes ont travaillé en plusieurs phases: explication du concept, module de créativité, faisabilité des projets sur la base d’un cahier des charges précis (choix des matériaux, coûts de production à respecter, étapes du processus d’industrialisation à intégrer) et, avec l’aide d’un coach pour dix jeunes gens, formation avec un professionnel de l’improvisation pour apprendre à présenter son concept, puis, finalement, soutenance face au jury. «Nous avons tous été surpris, relève Bertrand Lefort, par la motivation de ces adolescents et la fraîcheur de leurs idées. Ils sont allés largement au-delà de nos attentes. L’innovation se trouve vraiment aujourd’hui dans nos écoles!»

En avril, les gagnants des deux autres projets de canapés primés, scolarisés au Rosey et à La Côte International School, seront connus. Et leurs divans mis en vente dans les magasins Conforama de Suisse romande, au même titre que les pièces de la nouvelle collection 2017, présentée à la presse à Paris le 31 janvier dernier.

«Je n’ai plus peur d’entreprendre»

Léa Zehnder et Gabriele Goutet, deux des jeunes gens qui ont imaginé Pizza, raconteront peut-être un jour à leurs petits-enfants comment un canapé a changé leur vie… «Au départ, je voulais devenir médecin», commente Gabriele, 14 ans en décembre dernier. «Mais grâce à ce projet, je n’ai plus peur d’entreprendre. Je me dis: on l’a fait! et je sais que c’est possible. Aujourd’hui je prépare un bac en économie sociale et pour plus tard, je songe plutôt à la diplomatie ou à l’économie.»

Léa aussi, qui vient d’avoir 14 ans le 14 février, voit les choses différemment depuis qu’elle a mené à bien ce projet: «J’ai toujours su que je voulais faire de la médecine. C’est le cas, mais je pense maintenant davantage à créer des produits, des cosmétiques par exemple, et à les commercialiser. Oui, cette expérience a modifié ma manière d’envisager mon avenir.»

En attendant, Léa et Gabriele pourront profiter de Pizza tout à leur aise, puisque l’Institut Florimont va en équiper sa bibliothèque. «Il est trop bien, ce canapé, trop confortable!» exulte la jeune fille, intarissable sur le sujet. «J’en voudrais un chez moi, mais je ne sais pas si mes parents ont l’intention d’en acheter un.» Gabriele, lui, admet qu’il n’a pas la place pour Pizza dans son logement. Ce qui lui permet de relever le côté astucieux du sofa: «Chez moi, je devrais le diviser. On a aussi pensé à ça: Pizza, c’est quatre fauteuils, deux petits canapés, ou un grand divan, qui fait lit.» Les couleurs très vives ont été opportunément choisies «pour attirer l’œil de la clientèle et pour plaire à un public jeune», résume Léa. Les tiroirs cachés dans le corps du meuble permettent de dissimuler la literie. Plutôt malin, pour un studio d’étudiant.

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Category: Divers

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